Des canons rouillés veillent encore sur les collines de Wewak, tournés vers un large d'où plus rien ne menace. La ville, chef-lieu du Sepik oriental, s'étire entre des plages plantées de cocotiers et des hauteurs couvertes de jardins, sur le littoral septentrional de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les navires d'expédition mouillent devant la côte, et le débarquement en tender prend des airs d'événement : l'escale demeure une rareté, et la population entière semble le savoir.

Premiers pas dans la ville

Le centre, modeste, s'organise autour du marché et du front de mer. Étals de sagou, poissons fumés, pyramides de fruits, et partout des bilums, ces sacs en filet noués à la main dont chaque communauté décline ses propres motifs. Le Sepik étant réputé pour ses sculpteurs, masques, tabourets cérémoniels et crocodiles de bois descendent du fleuve jusqu'aux nattes des vendeurs. Mangues et ananas se vendent par petits tas posés sur des feuilles, comme partout sur cette côte. Une odeur de poisson fumé et de fruits très mûrs flotte sous les tôles, mêlée à celle de la poussière chaude. On flâne, on salue, on échange quelques mots d'anglais ou de tok pisin : le contact vient sans effort. Le rivage se prête ensuite à une promenade sans but précis, entre manguiers, pirogues tirées au sec et enfants qui plongent depuis les rochers.

La guerre du Pacifique en toile de fond

Wewak fut l'une des principales bases japonaises de Nouvelle-Guinée, et la région a connu des combats parmi les plus durs de la campagne du Pacifique Sud. Sur Mission Hill, au-dessus des toits, un mémorial japonais honore les soldats tombés dans la région; le lieu, sobre et soigné, regarde la mer en silence. Du haut de la butte, le regard embrasse la baie entière, les toits pris dans la verdure et, au mouillage, la silhouette du navire. Les pentes alentour livrent encore des pièces d'artillerie rongées par le sel, que la végétation enlace un peu plus chaque année.

Cape Wom, la fin d'une guerre

À une quinzaine de kilomètres à l'ouest, l'ancienne piste d'aviation de Cape Wom a été le théâtre d'un moment d'histoire : en septembre 1945, le général japonais Adachi y remit son sabre aux forces australiennes, scellant la reddition de ses troupes. Un parc mémorial entretient la mémoire de cette journée. Le tracé de la piste se devine encore dans l'herbe rase, longue ligne droite rendue au silence. On y vient aujourd'hui pour les pelouses face à la mer, la longue plage voisine et cette paix revenue qui donne au lieu tout son sens.

La porte du Sepik

Wewak sert enfin de porte d'entrée vers le fleuve Sepik, l'un des plus puissants du monde par son débit, qui déroule ses méandres bruns dans l'arrière-pays. Les cultures du fleuve ont fait de la sculpture un langage : maisons des esprits aux façades peintes, figure du crocodile ancestral, rites d'initiation transmis de génération en génération. Sans même remonter le courant, le passager en perçoit l'écho au marché et lors des sing-sings, ces rassemblements dansés, parés de plumes et de coquillages, que les communautés organisent pour les escales. Il arrive qu'un sculpteur travaille sous les yeux des visiteurs, herminette en main, faisant surgir un visage d'ancêtre d'un billot encore humide.

Repères pour l'escale

SiteDistance du débarcadèreAccès
Marché et front de merÀ proximité immédiateÀ pied
Mémorial de Mission HillEnviron 2 kmVéhicule ou marche soutenue
Cape WomEnviron 15 kmExcursion organisée

Juste avant le retour à bord, plusieurs s'attardent sur le sable, à regarder les pirogues rentrer dans la lumière du soir. Difficile d'imaginer, devant tant de douceur, les escadrilles qui déchiraient ce même ciel il y a huit décennies. C'est peut-être la leçon de Wewak : la vie a repris ses droits là où l'histoire fut brutale, et elle les exerce avec le sourire.

Questions fréquentes

Il mouille devant la côte : le débarquement se fait en annexe. L'escale est rare, et la population entière semble le savoir.
Le centre, oui : le marché et le front de mer sont proches du débarcadère. Mission Hill se gagne à la montée, et Cape Wom, à une quinzaine de kilomètres, demande un véhicule.
Le marché et sa sculpture du Sepik, le mémorial japonais de Mission Hill pour la vue sur toute la baie, et Cape Wom si le temps le permet. Les trois tiennent tout juste dans une demi-journée.
L'ancienne piste d'aviation où le général japonais Adachi a remis son sabre aux forces australiennes en septembre 1945, scellant la reddition de ses troupes. Un parc mémorial en entretient la mémoire; le tracé de la piste se devine encore dans l'herbe rase.
Du sagou, des poissons fumés, des fruits vendus par petits tas sur des feuilles, des bilums tissés à la main et surtout la sculpture du Sepik : masques, tabourets cérémoniels, crocodiles de bois descendus du fleuve.
Oui, c'est même son rôle. Sans remonter le courant, on en perçoit l'écho au marché et lors des sing-sings : figure du crocodile ancestral, maisons des esprits, sculpture devenue langage.
Beaucoup. Wewak fut l'une des principales bases japonaises de Nouvelle-Guinée. Des pièces d'artillerie rongées par le sel subsistent sur les pentes, et un mémorial japonais sobre domine la ville depuis Mission Hill.
Le kina, en petites coupures. Il n'y a pas de terminal de paiement au marché, et le comptant est la seule option pratique.
L'anglais et le tok pisin. Quelques mots de tok pisin font sourire les vendeuses, mais le contact vient sans effort de toute façon.
Les plages plantées de cocotiers s'étirent de part et d'autre de la ville, et celle de Cape Wom est longue et tranquille. Ce n'est toutefois pas une escale balnéaire : l'intérêt de la journée est humain et historique.