Almeria Spain Andalusia

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La lumière frappe d'abord, dès la passerelle. Almería baigne dans une clarté presque saharienne, celle du seul coin d'Europe classé désert, et cette blancheur crue sculpte tout : les cubes chaulés de la vieille cité, la cathédrale-forteresse, et surtout l'immense Alcazaba qui étire ses murailles crénelées sur la colline. L'Andalousie orientale s'offre ici sans filtre ni foule, à l'écart des circuits saturés de la Costa del Sol.

Suivre la ligne bleue

Du terminal, une ligne bleue peinte au sol guide les passagers jusqu'au centre : un kilomètre environ, soit un quart d'heure de marche tranquille le long des palmiers et des jets d'eau du Parque Nicolás Salmerón, le jardin qui sépare les quais de la vieille cité. Les taxis stationnent à la sortie pour qui préfère monter directement vers la forteresse. Cette simplicité d'accès donne le ton d'une journée qui se déroule presque entièrement à pied.

L'Alcazaba, géante méconnue

Érigée au dixième siècle par le califat de Cordoue, l'Alcazaba d'Almería ne cède en taille qu'à l'Alhambra parmi les forteresses d'al-Andalus, et pourtant les visiteurs s'y comptent souvent sur les doigts d'une main, surtout en dehors des mois d'été. La montée réclame environ deux cents marches, récompensées par trois enceintes successives : jardins d'inspiration mauresque bruissant d'eau, vestiges des palais, puis bastions chrétiens ajoutés après la Reconquête. Des remparts, la vue embrasse la rade, les terrasses blanches du quartier de la Chanca, aux maisons peintes de couleurs franches, et les collines ocre qui annoncent le désert. Prévoyez une bonne heure sur place, davantage si les jardins vous retiennent.

Une cathédrale bâtie pour le combat

À vingt minutes de marche du quai, la cathédrale de l'Incarnation surprend : contreforts massifs, tours de guet, créneaux. Élevée au seizième siècle alors que les corsaires barbaresques écumaient la côte, elle fut pensée autant comme refuge que comme lieu de culte. L'intérieur ménage pourtant sa douceur, chœur sculpté et chapelles en pierre blonde, tandis que le chevet cache un soleil gravé devenu l'emblème de la cité, le Sol de Portocarrero. Les rues voisines, bordées d'orangers, mènent vers le Paseo de Almería, l'artère où les habitants prennent le frais en fin d'après-midi.

Tapas à l'almérienne

Almería pratique une coutume que le reste de l'Espagne lui envie : ici, la tapa accompagne gratuitement chaque consommation. Autour de la Puerta de Purchena et du Paseo, les comptoirs proposent gambas rouges de Garrucha, jambon des Alpujarras ou migas rustiques, et chaque tournée apporte sa bouchée. Le repas se construit ainsi, verre après verre, dans le brouhaha des conversations, pour une somme qui ferait sourire les serveurs de Barcelone. Les plus gourmands réclameront les tomates séchées au soleil de la région ou un cherigan, tartine grillée dont chaque bar défend jalousement sa version.

Le Cable Inglés, cathédrale de fer

Près du terminal, impossible de manquer cette structure massive qui plonge vers la mer : le Cable Inglés, embarcadère minéralier érigé en 1904 par une compagnie britannique dans l'esprit de l'école d'Eiffel. Le fer y dessinait un pont direct entre les mines de l'intérieur et les cales des vapeurs. Restauré et classé, il témoigne du passé industriel de la baie et compose, au couchant, une silhouette que les photographes adorent.

L'adieu à la ville blanche

Beaucoup redescendent vers le navire avec du sable plein les idées : les studios de cinéma du désert de Tabernas, où furent tournés tant de westerns, ne sont qu'à une demi-heure de route et complètent volontiers les escales longues. Mais même limitée à ses murailles et à ses comptoirs à tapas, Almería impose son évidence : la lumière d'Afrique commence ici, sur un quai d'Europe.