Le Portugal en train
Il y a une façon de découvrir le Portugal que l’avion et la voiture de location ne donnent pas. Pas parce que le train va plus vite — il ne va généralement pas plus vite — mais parce que c’est ainsi que les Portugais circulent entre leurs villes, et parce que ce qui défile derrière la vitre, les vignobles en terrasses du Douro, les plaines dorées de l’Alentejo, les villages de tuiles orange accrochés aux collines, fait qu’on habite le pays au lieu de le traverser.
Le réseau de la CP surprend les voyageurs québécois : fiable, confortable, et surtout central. Les gares de Lisbonne et de Porto sont en plein cœur des villes, à quelques minutes à pied des hôtels. Pas d’aéroport à quarante minutes, pas de stationnement à chercher.
Quelles sont les lignes utiles pour un voyageur ?
L’axe principal relie Lisbonne à Porto par des trains rapides, l’Alfa Pendular et l’Intercidades, avec place réservée obligatoire. C’est le trajet le plus emprunté du pays, et le seul où réserver à l’avance change vraiment quelque chose.
Vers le sud, la ligne de l’Algarve descend jusqu’à Faro puis se ramifie vers Lagos et Vila Real de Santo António. Vers l’est, une antenne dessert Évora, au cœur de l’Alentejo.
Et il y a la Linha do Douro, qui n’a pas d’équivalent.
La ligne du Douro vaut-elle le détour ?
Elle vaut le voyage à elle seule. Elle part de Porto — de la gare de São Bento, celle aux vingt mille azulejos — et remonte la vallée sur cent soixante-quinze kilomètres jusqu’à Pocinho, en trois heures et demie environ. Sur la seconde moitié du parcours, la voie colle littéralement au fleuve, entre les quintas en terrasses et la roche.
Deux détails pratiques valent tout un guide. D’abord, c’est un train régional : pas de réservation, pas de risque de complet, on achète son billet à la gare le jour même. Ensuite, et c’est ce que personne ne dit : en montant depuis Porto, le fleuve est à droite pendant presque tout le trajet, jusqu’aux environs de Ferradosa, puis passe à gauche pour la dernière portion vers Pocinho. Les trains sont rarement pleins, on peut changer de côté en cours de route. Les fenêtres s’ouvrent encore, ce qui fait une vraie différence pour les photos.
La partie la plus spectaculaire n’est pas celle qu’on annonce dans les brochures : c’est le tronçon de Tua à Pocinho, là où le fleuve se resserre entre des berges rocheuses. Beaucoup de visiteurs descendent à Pinhão et repartent — ils manquent le meilleur.
Pour le vin lui-même, les quintas et les caves de Vila Nova de Gaia, voyez notre article Porto et le Douro œnologique.
Comment réserver un billet ?
Le site officiel de la CP, cp.pt, existe en anglais et accepte les cartes canadiennes. On choisit le train, la classe et le siège, et le billet arrive par courriel sous forme de code QR que le contrôleur scanne à bord.
La règle à retenir tient en une phrase : on réserve les trains longue distance, on ne réserve pas les régionaux ni les suburbains. Pour Sintra, Cascais, Évora ou le Douro, il n’y a rien à préparer — on achète à la machine ou au guichet en arrivant. Les machines des grandes gares sont multilingues et prennent les cartes internationales.
Les billets longue distance s’ouvrent à la vente plusieurs semaines avant le départ, et les tarifs les plus bas partent en premier. C’est le seul endroit du réservoir portugais où s’y prendre tôt fait une différence réelle.
Que faut-il savoir sur les gares ?
À Lisbonne, il y a plusieurs gares et elles ne servent pas aux mêmes destinations. Santa Apolónia et Oriente prennent les trains longue distance vers le nord et le sud; Rossio dessert Sintra; Cais do Sodré dessert la ligne côtière de Cascais. Se tromper de gare est l’erreur la plus fréquente des visiteurs.
À Porto, Campanhã reçoit les trains longue distance et São Bento les régionaux, dont le Douro. Les deux sont reliées par une navette de quelques minutes. São Bento mérite d’ailleurs qu’on y entre même sans billet : son hall est entièrement couvert d’azulejos qui racontent l’histoire du pays.
Les lignes de banlieue de Lisbonne
Ce sont deux des meilleures excursions d’une journée du Portugal, et elles coûtent le prix d’un billet de métro.
La ligne de Sintra part de Rossio et mène en une quarantaine de minutes aux palais et aux jardins classés au patrimoine mondial. La ligne de Cascais part de Cais do Sodré et longe le Tage puis l’océan, avec des plages à chaque arrêt — la vue depuis le wagon justifie à elle seule le déplacement.
Le train ou la voiture ?
Le train gagne entre les grandes villes : Lisbonne, Porto, Coimbra, Faro, Évora. Il évite les péages, l’essence et surtout le stationnement dans des centres historiques où il n’y en a pas.
La voiture reste préférable pour l’intérieur de l’Alentejo, les villages perchés du centre et les criques de l’Algarve, mal desservis par le rail. Le meilleur compromis est souvent mixte : le train entre les villes, une location de deux ou trois jours pour la campagne.
Y aller depuis le Québec
Porto et Lisbonne se rejoignent sans escale depuis Montréal, ce qui reste rare en Europe. On peut donc atterrir à Porto, descendre le pays en train et repartir de Lisbonne, ou l’inverse, sans jamais refaire le même trajet.
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