Les montagnes de l'Épire tombent ici presque directement dans la mer Ionienne, et c'est entre leurs replis verts qu'apparaît Igoumenitsa, étirée le long d'un chenal abrité face à Corfou. Aucun monument ne domine l'horizon, aucune forteresse ne guette le navire. Ce que l'on remarque d'abord, c'est le ballet des traversiers qui relient la Grèce continentale à l'Italie et aux îles. Cette escale ne cherche pas à impressionner : elle ouvre une porte sur une région que peu de croisiéristes connaissent.
Une ville tournée vers son front de mer
Le terminal se trouve à courte distance du centre, ce qui permet de partir à pied dès la descente de la passerelle. La promenade aménagée longe l'eau sur plusieurs centaines de mètres, bordée de cafés où les habitants étirent le frappé en regardant passer les navires. Les rues commerçantes, juste derrière, alignent boulangeries, épiceries et boutiques sans artifice touristique. On y entend surtout parler grec, et c'est précisément ce qui fait le prix de la balade. En fin de journée, la volta, cette promenade rituelle des familles grecques, anime les quais : poussettes, cornets de glace et conversations qui s'éternisent pendant que les lumières des navires s'allument sur le chenal.
Aux tables des tavernes, l'Épire montre sa cuisine de montagne et de mer : poissons grillés, mais aussi les pites régionales, ces tartes salées au feuilletage fin garnies de fromage ou d'herbes sauvages, que l'on commande avec un verre de blanc frais.
Pour comprendre la région, le Musée archéologique d'Igoumenitsa mérite une heure : ses salles modernes retracent l'histoire de la Thesprotie, de l'âge de pierre à Byzance, à travers bijoux, céramiques et maquettes. L'entrée se fait en quelques minutes de marche ou de taxi depuis le front de mer.
Le sable de Drepano
À environ 5 km au nord du centre s'étire la plage de Drepano, une longue langue de sable doré posée entre une lagune et la mer. Les eaux y restent peu profondes sur des dizaines de mètres, les tamaris offrent leur ombre et quelques cantines servent poissons grillés et salades. Un taxi y conduit en une dizaine de minutes; c'est l'option idéale pour une escale paresseuse.
Les excursions qui font la réputation de l'escale
Igoumenitsa vaut aussi par ce qui l'entoure. À une cinquantaine de kilomètres au sud, Parga étage ses maisons colorées autour d'une baie fermée par un îlot et un château vénitien; beaucoup la considèrent comme la plus jolie bourgade côtière de la mer Ionienne. Les excursions organisées s'y rendent en autocar par une route panoramique.
Par la mer, des vedettes filent vers Paxos et Antipaxos, deux petites îles ioniennes aux eaux d'un bleu presque irréel : arrêt au bourg de Gaios, baignade dans les criques d'Antipaxos, retour en fin d'après-midi. Les amateurs de nature préféreront les gorges de l'Achéron, ce fleuve que les Anciens associaient au passage vers l'au-delà : on y marche dans une eau glacée entre des parois calcaires, une sortie rafraîchissante au cœur de l'été. Certaines compagnies proposent enfin la journée complète vers les monastères des Météores, perchés sur leurs tours de roc; le trajet est long, mais le spectacle justifie chaque kilomètre pour qui ne retournera pas en Grèce de sitôt.
Choisir selon son rythme
- À pied : front de mer, rues commerçantes et musée archéologique.
- En taxi : plage de Drepano, à une dizaine de minutes.
- En excursion : Parga et la côte ionienne, Paxos et Antipaxos par la mer, les gorges de l'Achéron ou les Météores pour la journée entière.
Au retour, tandis que les traversiers poursuivent leur va-et-vient et que le soleil descend derrière Corfou, on mesure ce que cette étape discrète a offert : une Grèce sans mise en scène, où la vie continue simplement sous les yeux du voyageur. Les grandes escales éblouissent; celle-ci laisse plutôt l'impression d'avoir été admis, pour quelques heures, dans le quotidien d'une petite ville de l'Épire.