Peu de baies des Caraïbes peuvent revendiquer pareille profondeur historique. C'est au large de Trujillo que Christophe Colomb toucha pour la première fois la terre ferme du continent américain, en 1502, lors de son dernier voyage. La ville fondée ici en 1525 compte parmi les plus anciennes du continent, et elle fut la première capitale du Honduras. Aujourd'hui, ses toits rouges s'étagent entre une baie en croissant et les montagnes couvertes de forêt de la Capiro y Calentura.
Banana Coast, la porte d'entrée
Les navires mouillent dans la baie et débarquent leurs passagers en annexe au terminal de Banana Coast, aménagé au bord de l'eau à environ deux kilomètres du centre. Des navettes couvrent le trajet en une dizaine de minutes, mais l'endroit mérite déjà qu'on s'y attarde : jardins botaniques, bande de sable et pavillon d'accueil donnent le ton d'une escale encore jeune, ouverte au tourisme de croisière depuis les années 2010 seulement. Ici, pas de foule ni de circuit rodé : les guides locaux apprennent encore les habitudes des visiteurs, et cette fraîcheur fait partie du plaisir.
La forteresse au-dessus de la baie
Dans le haut de la ville, la forteresse Santa Bárbara veille sur le mouillage depuis le dix-septième siècle. Ses murs patinés ont connu les attaques de pirates, dont celles des flibustiers qui écumaient alors la côte, et ses salles rassemblent mousquets, boulets et masques garifunas. C'est aussi ici que fut fusillé en 1860 l'aventurier américain William Walker, qui rêvait de conquérir l'Amérique centrale; sa tombe se visite au vieux cimetière voisin. Depuis les remparts, la vue embrasse toute la courbe du rivage, navire compris.
Places, ruelles et cuisine du littoral
Autour du parc central, Trujillo vit sans hâte : église face à la place, écoliers en uniforme, vendeurs de jus de canne à l'ombre des amandiers. Les restaurants du front de mer servent poissons grillés, soupes de fruits de mer et machuca, un plat garifuna à base de plantain pilé et de lait de coco. La longue courbe de sable, juste en contrebas, invite ensuite à marcher, les pieds dans une eau étale protégée par le cap. Le village de Santa Fe, accessible par la route ou en bateau le long de la côte, permet d'approfondir cette culture née de la rencontre entre Africains et Caraïbes, dont les tambours accompagnent souvent les groupes de passage.
Lagune, cascades et forêt
Les amateurs de nature ont l'embarras du choix. La lagune de Guaimoreto, réserve protégée toute proche, se parcourt en kayak entre les tunnels de mangrove, sous l'œil des spatules rosées, des iguanes et parfois d'un lamantin. Côté montagne, les sentiers du parc voisin mènent à des cascades fraîches en pleine forêt, tandis que les plus actifs optent pour la tyrolienne ou une sortie à cheval sur le rivage. Les excursions du navire regroupent généralement transport, guide et matériel, une formule commode dans une région encore peu organisée.
Le retour en annexe
Quand l'annexe reprend la direction du navire, la lumière de fin de journée dore les murs de la forteresse et les pentes de la Calentura. On quitte une escale qui n'a pas encore appris à poser pour les visiteurs, où l'histoire du continent a commencé et où elle se raconte encore à voix basse, entre une place ombragée et un tambour garifuna.
Repères pratiques
- Débarquement en annexe au terminal de Banana Coast; navettes vers le centre en une dizaine de minutes.
- La forteresse Santa Bárbara et le centre historique se visitent aisément à pied une fois en ville.
- Dollar américain accepté dans les zones touristiques; prévoir des lempiras pour les petits commerces.
- Saison des pluies d'octobre à janvier : de bonnes chaussures rendent service sur les sentiers.