Un chenal sépare Ilhabela du continent, et ce simple bras de mer suffit à changer d'univers. D'un côté, São Sebastião et la côte pauliste; de l'autre, une montagne posée sur l'eau, boisée jusqu'à ses sommets, où l'on recense environ 360 cascades. Le navire mouille dans le canal, les transbordeurs accostent près du centre historique, et la journée peut suivre deux pentes : le rivage ou la forêt.
La Vila, premier contact
Le débarcadère mène en quelques pas au cœur ancien de l'archipel, posé face au continent. Des rues étroites y alignent cafés, restaurants de fruits de mer et boutiques de sport nautique, tandis que le front de mer déroule son cortège de voiliers au mouillage. Ilhabela est un haut lieu de la voile brésilienne : les mâts font partie du paysage, et les régates rythment la saison. Flâner ici une heure, une crème glacée à la main, donne le tempo de l'escale, décontracté et balnéaire, avec la montagne toujours en toile de fond. Les fins d'après-midi, quand la lumière rase le chenal, les terrasses se remplissent et les habitués regardent rentrer les régatiers comme d'autres regardent passer le train : un rituel local auquel il est facile de se joindre.
Des cascades par centaines
La forêt occupe la plus grande partie du territoire, protégée par un parc d'État. Des sentiers mènent à des chutes où l'on se baigne dans des bassins d'eau fraîche, entourés de fougères géantes et de philodendrons. Certaines se rejoignent en taxi puis à pied en moins d'une heure, d'autres demandent une vraie randonnée : les agences locales connaissent les accès et adaptent la sortie au temps disponible. Après la chaleur du littoral, l'eau de montagne saisit, puis réconcilie avec tout. Même les sorties les plus courtes offrent leur récompense : un bassin à soi, le bruit de la chute, et cette lumière verte qui ne filtre que sous les grandes canopées.
Castelhanos, l'autre versant
Pour qui accepte la piste, une traversée en 4x4 franchit les hauteurs jusqu'à la baie de Castelhanos, grande courbe ouverte sur l'Atlantique où la houle attire les surfeurs. Un sentier court y mène à la cascade dite « du Chat », qui dégringole près du rivage. L'aller-retour occupe une bonne partie de la journée : mieux vaut passer par une excursion organisée et vérifier l'horaire de retour au navire avant de s'engager.
Côté mer
Les anses du sud, comme Julião, se prêtent à une demi-journée de baignade tranquille. Des sorties en bateau filent vers des criques accessibles seulement par l'eau, dont Bonete, régulièrement citée parmi les plus belles du littoral brésilien. Kayak, apnée et plongée complètent la palette; le canal, abrité, reste praticable même quand l'océan se creuse sur le versant du large. Les fonds des environs cachent d'ailleurs plusieurs épaves anciennes, qui ont fait de l'archipel un rendez-vous réputé des plongeurs brésiliens.
Organiser sa journée
- Les transbordeurs déposent au centre : commerces, agences et taxis se trouvent à quelques minutes à pied, tout comme les comptoirs d'information touristique.
- Cascades proches, tour en bateau ou traversée vers Castelhanos : choisir une seule grande activité et la caler tôt.
- Chasse-moustiques indispensable en forêt; les borrachudos, petits moucherons locaux, piquent les chevilles sans prévenir.
En fin d'après-midi, les voiliers rentrent un à un dans le chenal et la montagne vire au bleu sombre au-dessus des toits, pendant que les transbordeurs font leurs dernières navettes. Ilhabela s'est montrée sous un seul de ses angles, quel que soit le choix du jour : il en reste des dizaines, et 360 cascades. C'est le genre d'escale dont on repart en faisant déjà des plans, une carte de l'archipel pliée dans la poche.