Sur le quai d'Ushuaia, on le repère immédiatement. Là où les autres navires dressent une proue effilée, le Greg Mortimer avance un museau arrondi, penché vers l'avant, qui semble vouloir plonger dans la vague plutôt que la chevaucher. C'est exactement l'idée. Premier navire de passagers au monde équipé de l'étrave inversée Ulstein X-BOW, il fend la houle au lieu de taper dedans, ce qui change beaucoup de choses quand on s'apprête à traverser le passage de Drake, deux jours de mer réputés parmi les plus rudes de la planète.
Livré en 2019 à Aurora Expeditions, pionnière australienne du voyage polaire fondée en 1991, le navire porte le nom d'un de ses cofondateurs, alpiniste qui s'est illustré sur l'Everest avant de consacrer sa vie aux régions froides. Le programme est à l'avenant : environ 130 passagers, 15 Zodiac, une équipe d'expédition pour huit voyageurs et une liste d'activités qui va du kayak à la plongée polaire. On est ici pour descendre à terre, souvent, et par presque tous les temps.
Le Greg Mortimer en chiffres
| Caractéristique | Détail |
| Mise en service | 2019 |
| Longueur | 104 m |
| Jauge brute | 8 035 tonneaux |
| Ponts | 8 |
| Cabines | 76, dont 85 % avec balcon |
| Passagers | Environ 130 |
| Embarcations | 15 Zodiac, 4 portes d'embarquement |
| Particularité | Première étrave Ulstein X-BOW sur un navire de passagers |
L'expérience à bord
Tout est organisé autour des débarquements. La salle d'équipement, au niveau des portes d'embarquement, attribue à chacun un casier pour ses bottes et sa veste; on s'y prépare en quelques minutes, et les quatre accès aux Zodiac éliminent les longues files d'attente qui grugent le temps à terre. En Antarctique, où la réglementation limite à 100 le nombre de personnes débarquées simultanément, la taille du navire permet à tout le monde de descendre à chaque occasion, un avantage décisif sur les unités plus grosses.
Entre les sorties, la vie se déplace vers le salon d'observation et les plateformes hydrauliques qui se déploient au-dessus de l'eau pour photographier les baleines à la verticale. La passerelle applique une politique de porte ouverte : on peut monter voir les officiers travailler, poser des questions, suivre la route sur les écrans. Les conférences des géologues, biologistes et historiens de l'équipe rythment les journées de mer, et le programme de science citoyenne invite les passagers à compter les oiseaux ou à photographier les nageoires caudales pour les banques de données internationales.
Les cabines et suites
Les 76 cabines se répartissent en une dizaine de configurations, du studio avec hublot à la suite du capitaine.
- Cabines Aurora avec hublot, environ 21 à 25 m², situées au pont 3 près de la salle d'équipement : le choix futé des voyageurs qui réservent leur budget aux activités.
- Cabines avec balcon en trois catégories, de 21 à 31 m² balcon compris, réparties sur les ponts 4 et 6, plusieurs communicantes pour les familles.
- 4 suites Junior de 39 m² au pont 7, avec coin salon et vue dégagée.
- Suite du capitaine, environ 44 m² balcon compris, la plus vaste à bord.
Le style est fonctionnel et lumineux, pensé pour sécher les tuques mouillées plutôt que pour épater la galerie. Chaque cabine dispose néanmoins d'une literie de qualité et d'un rangement bien calculé pour les nombreuses couches de vêtements.
La table
Le restaurant principal sert les trois repas en une seule assise, sans places attribuées, formule qui brasse les tablées et nourrit les amitiés de voyage. La cuisine, d'inspiration internationale avec un clin d'œil australien, s'adapte aux longues journées dehors : petits-déjeuners copieux, soupes chaudes au retour des Zodiac, desserts qui ne font pas semblant. Le vin et la bière accompagnent le souper sans frais, et le bar du salon prend le relais en soirée, quand les récits de la journée s'allongent à mesure que les verres se vident.
Installations et bien-être
Après une plongée polaire ou une matinée de raquette, le sauna avec fenêtre sur la mer fait des miracles, tout comme les deux bains à remous du pont supérieur, d'où l'on guette les icebergs vapeur au menton. Un gym bien fenêtré, un salon de massage et une petite bibliothèque d'exploration complètent les installations. Le bâtiment recycle la chaleur de ses moteurs et fonctionne avec un positionnement dynamique qui évite de jeter l'ancre dans les fonds fragiles, un détail que les plongeurs apprécient.
À qui s'adresse le Greg Mortimer
C'est le navire des actifs : kayakistes, randonneurs, campeurs sur glace, skieurs de rando, plongeurs en eau froide et photographes prêts à sortir cinq fois en deux jours. Les voyageurs qui redoutent le passage de Drake y trouveront la traversée la plus douce que la technologie actuelle puisse offrir à cette échelle. Le rapport qualité-prix se distingue aussi dans le segment de l'expédition polaire, Aurora se positionnant sous les marques de grand luxe.
Il conviendra moins aux clients qui cherchent le raffinement d'un cinq étoiles flottant, majordome et restaurants multiples : le confort est réel, mais l'esprit reste celui d'un camp de base. Les personnes à mobilité réduite doivent évaluer honnêtement leur capacité à monter dans un Zodiac depuis une plateforme mouvante; l'équipe aide, mais ne peut pas tout.
Où navigue le Greg Mortimer
D'octobre à mars, il opère depuis Ushuaia vers la péninsule Antarctique, la Géorgie du Sud et les Malouines, avec quelques départs incluant le cercle polaire. L'été boréal le trouve dans l'hémisphère nord : Svalbard, Groenland, Islande et Écosse selon les années. Entre les deux saisons polaires, des itinéraires de repositionnement longent parfois les côtes de l'Amérique latine, une façon économique de goûter au navire sous des latitudes plus clémentes.
Les conseils de nos experts
- Réservez les activités spéciales, kayak, plongée ou camping, au moment de la réservation de la cabine : les places partent des mois à l'avance.
- Prévoyez deux nuits à Buenos Aires ou Santiago avant l'embarquement pour absorber les retards de vol; rater le départ d'Ushuaia ne pardonne pas.
- Les catégories à hublot du pont 3 offrent le meilleur rapport valeur-espace et sont les plus stables par gros temps.
- Novembre montre la glace la plus spectaculaire et les manchots en pleine parade; février et mars sont les mois des baleines.
- Une assurance couvrant l'évacuation en zone isolée est exigée par la compagnie; vérifiez les plafonds avec votre conseiller.
Questions fréquentes
L'étrave X-BOW réduit-elle vraiment le mal de mer?
Elle réduit les mouvements de tangage et les chocs dans la houle de face, ce qui adoucit sensiblement la traversée du Drake. Elle ne supprime pas le roulis pour autant; les personnes sensibles garderont leurs comprimés à portée de main.
Combien de débarquements peut-on espérer en Antarctique?
Deux sorties par jour en moyenne quand la météo coopère, en Zodiac ou à terre. Sa taille permet à tous les passagers de participer à chacune d'elles.
Quelle est la différence avec le Sylvia Earle et le Douglas Mawson?
Les trois navires partagent la même plateforme technique. Le Greg Mortimer est l'aîné, avec des espaces communs un peu plus simples; ses cadets ajoutent notamment un atrium vitré ou une piscine chauffée. Les programmes d'activités demeurent équivalents.
Les départs se font-ils toujours d'Ushuaia?
Pour l'Antarctique, oui, parfois avec survol ou embarquement à Punta Arenas selon les itinéraires. Les saisons arctiques partent de villes comme Longyearbyen ou Reykjavik.
Faut-il apporter tout son équipement?
La compagnie fournit une parka isolée qu'on garde en souvenir et prête les bottes de caoutchouc pour les débarquements. Restent à prévoir les pelures intermédiaires, gants, tuque et pantalon imperméable. Une liste détaillée est remise à la réservation, et l'expérience montre qu'on utilise vraiment tout ce qui s'y trouve.
Le Grand Sud se prépare longtemps d'avance et les meilleures cabines s'envolent tôt. Les conseillers de Voyages AquaTerra suivent les promotions d'Aurora Expeditions à l'année et vous aideront à choisir la saison, la cabine et les activités qui feront de cette expédition le voyage d'une vie.