Un navire amazonien vendu sous deux marques
L'Aria Amazon navigue sur l'Amazone péruvien, entre Iquitos et la réserve
nationale Pacaya-Samiria. Quarante-cinq mètres, 16 cabines, 32 voyageurs : une
coque minuscule pour un fleuve immense, et c'est voulu. On y monte pour les
sorties en esquif à l'aube, pas pour la salle à manger.
Ce que la page ne dit pas, et qu'il faut savoir avant de réserver : ce
navire ne lui appartient pas. Il appartient à un exploitant spécialiste de
l'Amazone et de l'Asie du Sud-Est, qui l'arme, l'équipage et le fait naviguer.
La marque le revend sous ses couleurs sans jamais nommer son armateur. Il
figure d'ailleurs aussi sur notre site sous cette autre compagnie : une coque,
deux fiches, deux marques.
Ce qu'on y fait, concrètement
Deux sorties par jour en petite embarcation à moteur, guide naturaliste à
bord, départ avant le lever du soleil pour la première. Dauphins roses,
paresseux, singes-écureuils, caïmans repères à la lampe le soir. Baignade dans
le fleuve quand le guide le juge sur. Marché en forêt sur des sols qui montent
et descendent, souvent glissants.
La cabine fait vingt-trois mètres carrés avec baie vitrée du sol au
plafond. Il n'y a pas de balcon praticable et il n'y en a jamais eu : sur ce
fleuve, la moustiquaire compte davantage. L'année de mise en service est donnée
tantôt 2010, tantôt 2011 selon la source, et la présence d'un ascenseur n'est
publiée nulle part. Sur une coque de quarante-cinq mètres, la question mérite
d'être posée avant le départ.
L'inventaire, tel qu'il est
Soixante-quatre dates de départ figurent chez nous, seize en 2026 et
quarante-huit en 2027. C'est le seul navire de ce groupe de pages qui vende
encore quelque chose : les treize autres décrivent soit une coque déjà traitée
ailleurs, soit un navire qui a quitté le catalogue.
Ou aller ensuite
Le Ganges Voyager II remonte le Gange sur une coque à peine plus grande. Le Mékong Jewel couvre le
Mékong. Le S.S. Sphinx et le River Tosca traitent le Nil, l'autre grand fleuve à faune de ce
catalogue.
À qui appartient la coque
La compagnie fonctionne en propriété mixte. Elle possède une partie de ses
navires et en affrété d'autres à des armateurs tiers, souvent sans le dire dans
sa documentation commerciale. La différence se voit le jour où l'affrètement se
termine : la coque reste, le nom disparaît du catalogue, et rien n'est
annoncé.
C'est exactement ce qui distingue une flotte possédée d'une flotte louée.
Dans le premier cas, un navire retiré est un navire vendu et la vente se
retrace. Dans le second, le navire n'a jamais bougé : c'est le contrat qui a
pris fin.
Ce qui est compris, et ce qui ne l'est pas
Sont compris : les pourboires à l'équipage du bord, les boissons servies aux
repas, et au moins une excursion par journée de visite, celles qui figurent à
l'itinéraire. Le Wi-Fi est fourni sans engagement de débit ; en Europe
fluviale, il coupe dans les gorges et aux écluses.
Ne sont pas compris : le vol international, et les pourboires aux chauffeurs
d'autocar à terre, qui restent à votre charge. Les transferts entre l'aéroport
et le navire ne sont compris que si le billet d'avion a été acheté auprès de la
compagnie ; acheté ailleurs, le transfert se paie séparément.
Accessibilité : ce que la compagnie publie
Presque rien. Elle ne publie aucun nombre de cabines aménagées, sur aucun
navire de sa flotte. Sa déclaration d'accessibilité, celle qu'on trouve en pied
de page, ne porte que sur son site web : elle ne dit rien des navires.
Ce qu'elle écrit, en revanche, est net. Une personne ayant besoin d'aide
doit voyager avec un accompagnateur apte. Seul un fauteuil roulant pliant est
admis à bord. Le scooter de mobilité est refusé. Et si l'équipage juge en cours
de route qu'une personne ne peut plus poursuivre, elle est débarquée sans
remboursement.
Réserver depuis le Québec : le cadre
Trois droits se superposent ici. Le contrat de transport fluvial relève du
droit suisse, devant le tribunal de district de Rheinfelden. L'entité
canadienne répond devant la Cour supérieure de justice de l'Ontario, à Toronto,
sous permis ontarien. Le contrat américain, lui, désigne la Californie.
Rien n'établit un permis québécois pour cette compagnie. Votre protection
vient donc d'ici : Voyages AquaTerra détient un permis de l'Office de la
protection du consommateur, vos versements transitent par un compte en fiducie,
et le Fonds d'indemnisation des clients des agents de voyages couvre votre
dossier selon la loi.